Nous avons été invités ce mercredi 12 mai 2004 à la Scandinavian School of Brussels (SSB) pour un exposé sur le système scolaire scandinave. Le système scolaire utilisé à la Scandinavian School of Brussels situé à Waterloo dans le sud de Bruxelles est un mélange des systèmes scolaires suédois, danois, norvégiens et finlandais. C’est Madame Kortelainen, d’origine finlandaise, et responsable des maternelles et de l’internat de l’école qui nous a reçus. Une traduction littérale était faite par un professeur de français d’origine norvégienne. Des professeurs belges travaillant pour l’école étaient également présents et ont pu donner leur avis à travers leur connaissance des systèmes scandinave et belge des différences entre nos deux conceptions de l’école. Car durant cette entrevue nous découvrirons que c’est bien de deux conceptions différentes de l’éducation des enfants qu’il s’agit.
D’emblée Madame Kortelainen, nous a dit qu’à la Scandinavian School of Brussels chaque enfant est unique et le professeur doit adapter son enseignement à chaque élève. « Chaque élève arrive avec son sac à dos et nous le prenons dans sa globalité et le respect de sa personnalité ». «Chaque enfant reçoit un développement correspondant à son niveau ». L’école suit le programme suédois qui date de 1994 et qui change tous les dix ans (et devrait donc bientôt changer). Il s’agit d’un programme minimum que chaque enfant doit atteindre. Un professeur belge travaillant à la SSB, nous signale que les objectifs minima de ce programme sont plus faibles, plus basiques, plus adaptés aux réelles difficultés de tous les enfants, que ceux des socles de compétences ou programmes des écoles belges. Mais en réalité chaque enfant reçoit un programme adapté à son niveau. Les enfants en difficulté scolaire bénéficient en réalité de 3 heures par semaine de soutien spécial lorsqu’ils en ont besoin. Ceux qui nécessitent plus d’heures, reçoivent davantage selon leurs besoins. Pour les autres élèves, il n’y a pas de maximum à atteindre comme objectif du programme et certains élèves d’une classe peuvent se voir attribuer des exercices d’un niveau nettement plus élevé que d’autres élèves de la même classe.
Il faut rappeler que dans les 4 pays nordiques cités plus haut, la scolarité est construite dans un tronc unique allant de 7 à 16 ans auquel il faut ajouter la dernière année de maternelle à 6 ans où l’enfant est mis progressivement en contact avec la lecture comme en 3°maternelle chez nous. C’est donc un an plus tard qu’en Belgique que commence réellement l’apprentissage de la lecture. Tous les enfants sont groupés dans des classes de même niveau d’âge et passent de la classe 1 (3° maternelle) à la classe 10 (à 16 ans) sans jamais redoubler une année, sans examens. Il existe à la SSB une mesure de connaissance en classe 7 et 10 qui permet de vérifier si les connaissances minimales requises par les objectifs du programme sont atteints. Un certificat est délivré aux enfants en fin de classe 10 s’ils ont atteint les objectifs minimaux. Il faut ici faire remarquer que Madame Kortelainen reconnaissait que 2 élèves n’avaient pas atteints ces objectifs minimaux, mais ils ont pu accéder à la classe de secondaire supérieur avec une remédiation particulièrement pour leur permettre de rattraper leur retard (ceci a d’ailleurs entraîné une réaction de fort étonnement de la Proviseur de l’école du Berlaymont voisine de la SSB qui était venue assister à cette visite). Les 10 années d’enseignement obligatoire sont suivies de 3 années de secondaire supérieur soit général, soit professionnel. A la SSB, tous les élèves poursuivent dans l’enseignement secondaire supérieur général car il n’y a pas de sections professionnelles dans l’école.
Pour que chaque élève atteigne les objectifs minimum, l’école cherche toute l’aide nécessaire, les professeurs se réunissent dans des « teams » et cherchent ensembles comment adapter le programme à chaque enfant. Ils font appel parfois à des logopèdes extérieurs, à la demande. En Suède après la formation de professeurs, certains professeurs peuvent suivre une formation supplémentaire de 2 ans pour venir en aide aux enfants présentant des difficultés importantes d’apprentissage, on les appelle « professeurs spécialisés ». En dehors des heures de cours, du temps est consacré à ces « team », et sont considérés comme des heures à prester par les enseignants, ceux-ci les jugent d’ ailleurs indispensables à la bonne réalisation de leur travail. Les enseignants de la SSB aiment leur travail, à la SSB, on juge qu’un professeur doit aimer son travail, pour le faire de manière satisfaisante.
Il y a 10 ans, lorsqu’un enfant était en difficulté, on retirait l’enfant de son groupe classe pour le remettre à flot. Actuellement on essaye à tout prix de le laisser dans son groupe classe. Les résultats s’en sont trouvés améliorés. Madame Kortelainen prend l’exemple de la petite Charlotte, 12 ans, ayant des troubles d’apprentissage. On fait un bilan de l’enfant en analysant son mode d’apprentissage et on adapte le matériel, on recherche le type d’aide dont elle a besoin. L’enfant est régulièrement examiné par un « conseil d’élèves » (qui n’est pas composé d’élèves) et qui travaille en collaboration étroite avec les parents pour faire un programme de remédiation afin d’atteindre les objectifs. Cette collaboration avec les parents est importante, car sinon on n’enregistre pas de résultats suffisants chez les élèves. Le cas de l’enfant est revu mensuellement (objectifs à court terme) ou trimestriellement (objectifs à long terme ) tout en tenant compte de temps flexibles pour la construction des apprentissages. Il s’agit d’une évaluation régulière des mesures de remédiation envisagées qui se fait en collaboration entre le professeur titulaire et le professeur spécialisé.
Il y a des temps flexibles pour atteindre les objectifs. Ces temps tiennent compte des particularités de chaque enfant. La remédiation de 3h/ semaine peut même atteindre pour certains enfants 10h/semaine. On peut considérer que 10% des enfants nécessitent des besoins particuliers. En général sur 5h, 4h se font en classe et 1h pour un programme spécialisé.
En réalité chaque élève de l’école sera encouragé et valorisé dans les matières où il se réalise positivement.
« Chaque enfant est unique, et moi comme professeur, je dois adapter mon enseignement à chaque élève. Chaque enfant reçoit un développement correspondant à son niveau. Cela crée une ambiance positive, l’enfant travaille dans cette ambiance positive. On le respecte, et on lui demande de respecter les autres. C’est pour cela qu’il n’y a pas de problèmes de discipline et l’enfant est plus motivé. On stimule aussi sa curiosité pour qu’il se plaise à l’école.» Les enseignants travaillent par thèmes intéressant les élèves, et par recherche sur ordinateur.
Certains professeurs dont les enfants fréquentent l’enseignement belge, nous ont dit que chez nous, il leur semblait qu’on ne respectait pas les enfants, leur développement, qu’il leur semblait qu’on n’envisageait pas leurs problèmes, dyslexie, troubles de l’attention,… pour chercher des solutions pour eux, prétextant que c’est de toute façon impossible. Ces enseignants nous ont confiés leur douleur d’assister impuissants à voir leurs enfants souffrir, alors qu’eux-mêmes font un travail formidable et que leurs enfants sont victimes de la méconnaissance du développement de l’enfant et d’une mauvaise formation, dans l’enseignement belge.
Il y a deux langues d’apprentissages à l’école Scandinave : la langue maternelle scandinave et le français ou l’anglais. La troisième langue est souvent l’anglais ou le français. « Nous savons tous que s’il y a des problèmes avec la langue maternelle, il y aura des problèmes d’apprentissage de la 2° et 3° langue. Nous devons parfois l’expliquer aux parents qui dans 99,9% des cas comprennent le problème lorsqu’ils voient les efforts entrepris et comprennent que tout sera entrepris pour amener l’enfant au maximum de ses possibilités ».Tout se fait en partenariat avec les parents, jamais sans leur collaboration, et dans le dialogue. Cette collaboration est jugée indispensable au parcours harmonieux de l’élève.
Il y a ici dans l’école 20 élèves par classe. Le professeur est un « coatch » pour les élèves. Il l’aide dans ses apprentissages, accompagne l’élève, le rend responsable de ses apprentissages, lui apprend à apprendre, en l’aidant à trouver l’information nécessaire, le conseille, lui dit où chercher les solutions, il l’accompagne et par le travail de groupe il renforce la solidarité des élèves entre eux, dans le groupe. A l’école de la Scandinavian School of Brussels, il y a environ 40 élèves sur 370 qui bénéficient d’un programme de remédiation.
Le professeur doit se poser les questions suivantes :
Qu’est-ce que la
connaissance ?
Quelle connaissance
doit posséder l’élève ?
Est-ce que la
matière que j’enseigne est vraiment importante ?
Que dois-je faire
pour que l’élève y arrive ?
Quel est mon rôle en
tant que professeur ?
Les trois règles importantes pour l’élève sont :
Sa participation
Développer son
sens des responsabilités, viser son autonomie.
Stimuler chez lui
la solidarité qu’il a vis-à-vis des autres élèves, l’esprit de tolérance
et de respect.
A la fin de la séance, nous leur avons parlé de notre projet de créer une école belgo-scandinave sur le mode de fonctionnement de leur école. Et nous leur avons demandé leur soutien et leur aide à ce projet et c’est unanimement qu’ils nous ont répondus, OUI , sans hésitation, et c’est plein d’espoir et très contents que nous nous sommes quittés dans l’espoir de nous revoir bientôt et construire ce merveilleux projet ensemble.
